Camar(a)de

Publié le par - Bartlebooth










Désirer lire un calque intérieur inconscient de soi-même localisé dans le cerveau
« en arrière de la scissure de Rolando », où, sur la circonvolution pariétale ascendante, se reproduit l'image cérébrale du corps (ses parties ses organes) - du corps se lovant ainsi dans la tête sous forme de structure cérébrale. Ménechme ? Plutôt équivalent infidèle - chaque partie n'ayant pas une surface cérébrale proportionnelle à la surface périphérique. Le dessin de nous étant ainsi grotesque, qu'on en pourrait tracer, peut être le vrai...
N'en rien savoir jamais.

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Rire grinçant de la mort, cette pitrerie sur la piste du cirque d'une société pourrie où se joue notre propre désintégration. Comment expliquer « le calque inconscient de soi-même localisé dans le cerveau... Plutôt équivalent infidèle » ? La « méditation phrénologique » est une parodie. La phrénologie, on le sait, est une fausse science. Il y a là une dérision d'idée reçue, du bourrage de crâne par mise en abyme, de la « mise en boîte » crânienne, la boîte de conserve. Il n'est en effet pas nécessaire, pour méditer ou réfléchir, de se tenir la tête (la « sorbonne » en argot) - on se la tient à la rigueur en cas de migraine idéologique. Mais on peut perdre la tête (la « tronche » en argot, c'est la tête qu'on coupe) à la suite, par exemple, d'une violente céphalée politique. En argot encore, on dit « avoir une grosse tête », la tête (molle) posée dans la main, lourde de tout ce qui va sortir. Mais « le visage humain porte en effet une espèce de mort perpétuelle sur son visage ». « On peut bien, selon Hegel, se laisser entraîner à des méditations diverses auprès du crâne, comme Hamlet auprès du crâne de Yorick, mais la boîte crânienne, prise pour soi, est une chose si indifférente, si nue, qu'il n'y a rien d'autre à voir et à aviser en elle, sinon elle-même. » (Le crâne de Yorick est celui d'un bouffon, ce qui remet la méditation métaphysique de Hamlet à sa place.) Et puis, pour moi, le crâne, dans cette comédie de l'ivresse, le crâne, c'est la gueule de bois - « Tête bien pleine » de toutes les idioties dont on l'a farcie, saoule de palabres, de bavardages stériles - et en même temps cette vide/dive bouteille (testa, en latin, veut dire « cruche ») pleine de mystère ; tête folle, tête feslée... et bouteille à la mer, contenant son message à décrypter. Oui, le crâne est un bel objet : masque rieur et profond de la figure, de la tête, la capitale du corps et qui contient la cervelle. En arrière de la scissure de Rolando, la circonvolution pariétale ascendante serait, à en croire les neurophysiologistes, l'image cérébrale (déformée) de notre corps, sur le plan de l'information sensorielle ; un lieu où arrivent tous les messages de la sensibilité. Nous sommes ainsi à notre insu repliés, plus ou moins enroulés sur nous-mêmes - et distribués sur plusieurs circuits, pourrait-on dire. Sous l'idéogramme du crâne, « Camar(a)de » se voudrait bien aussi une tentative de représentation graphique - et parodique - de ces circuits.


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Maurice Roche, Camar(a)de, Arthaud, 1981

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