Babel, disco et biblio

Publié le par - Bartlebooth



Ce samedi, c'est le festival Disco-Babel, j'ai hâte d'y être ! Pour le programme détaillé, c'est par là. Si vous aimez les musiques singulières, peut-être pouvez-vous encore décrocher une place, renseignez-vous.
Justement, Marie-Pierre, la "chef scout" de Disco-Babel, vient de m'inviter à répondre, après son tour et celui de David F, à un questionnaire littéraire. Je me prête donc au jeu :

1. Combien lisez-vous de livres par an ?
Je ne sais pas, peut-être 50 fois plus qu'en moyenne le français.

2. Quel est le dernier livre que vous ayez acheté ?
Ma dernière tournée des bouquinistes et librairies fut très bonne :
- Jean-Patrick Manchette, La Princesse du sang, Rivages/Thriller, 1996
- Jean-Patrick Manchette, Morgue pleine, Gallimard/Série noire, 1973
- Jean-Patrick Manchette, Chroniques, Rivages/Noir, 2003
- Archives & Documents situationnistes n° 1 & 2, Denoël, 2001 & 2002
- Gil Joseph Wolman, Défense de mourir, Allia, 2001
- Pascal Vercken, Sur la nationale 7, Zulma, 2000
Traînent sur mon bureau, parmi les derniers acquis et en attente de lecture :
Jean-Patrick Manchette, Nada et Que d'os ! ; Véronique Montémont, Jacques Roubaud, L'Amour du nombre ; Clémente Padin, De la représentation à l'action.

3. Quel est le dernier livre que vous ayez lu ?
Jean-Patrick Manchette, Le petit bleu de la côte ouest : mon premier Manchette ! A chaque fois que je revoyais Krsto, il me demandait si j'avais enfin lu Manchette, qu'il considérait comme le plus grand, avec Pynchon (que j'attaquerai, cette fois sans m'interrompre, j'espère, après Manchette avec qui je suis bien parti), ça doit être, avant qu'il se pende, l'une des dernières choses qu'il m'a demandées, outre d'effacer la photo que j'avais prise de lui. Je n'ai pas beaucoup lu de polars, si ce ne sont des parodies de polars (Gertrude Stein, Silvina Ocampo & Adolfo Bioy Casarès, Georges Perec) et, entre 18 et 20 ans, beaucoup de San A. Le roman noir, je ne le connais que par ce qu'en ont écrit ceux qui l'aiment, et par les films qu'il a inspirés. Bref, Manchette ça m'a l'air vachement bien, c'est intelligent, drôle, grave.
Je découvre simultanément Manchette par ses chroniques sur le genre. C'était un type bougrement lucide, entier, vif.
Je suis aussi en train de lire Raymond Depardon, La Ferme du Garet, une très belle oeuvre de mémoire : dans le genre photo-littérature, c'est aussi fort et émouvant pour moi que les Récits d'Ellis Island de Perec, j'y pense sans doute aussi parce ça a un côté Je me souviens.
Par très petites touches je lis Fernando Pessoa, Le voyageur immobile de Robert Bréchon, et bien que le personnage soit passionnant, je m'y ennuie un peu, je trouve Bréchon trop souvent pénible, le pire étant sa psychologie de comptoir.
Landru, précurseur du féminisme, correspondance Henri-Désiré Landru - Jean-Baptiste Botul ; Nietzsche et le démon de midi, de Jean-Baptiste Botul : à s'approcher ainsi du grand philosophe, comment ne pas être à son tour pris de botulisme ?
Je relis encore Compact, de Maurice Roche.



4. Listez 5 livres qui comptent beaucoup pour vous ou que vous avez particulièrement appréciés.
- De l'autre côté du miroir et ce qu'Alice y trouva, de Lewis Carroll : parce que j'avais lu quelque part que le livre de chevet de John Lennon était Alice au pays des merveilles, à 16 ans je suis allé lire Carroll par curiosité : non seulement le livre m'a révélé que j'avais une sensibilité véritablement littéraire, mais dans l'édition que j'avais, en collection Bouquins, se trouvait et se trouve toujours une préface du traducteur, Henri Parisot, qui en évoquant successivement le thème du miroir (E.T.A. Hoffmann, Jacques Rigaut), le poème Jabberwocky (Antonin Artaud), l'humour noir (Swift), le calembour (Raymond Roussel, Marcel Duchamp), le mot-valise (James Joyce, Henri Michaux), le nonsense (Benjamin Péret, Hans Arp, Kurt Schwitters, Francis Picabia, Tristan Tzara), la femme-enfant (Hans Bellmer), etc, Henri Parisot, donc, citait beaucoup de noms et de titres, que je notais dans un carnet pour ensuite aller faire, tant Carroll m'avait passionné, mes recherches en bibliothèque. J'entrais donc en terres dadaïste et surréaliste. Ce qui me fit beaucoup lire.




- L'Ombilic des Limbes précédé du Pèse-Nerfs, d'Antonin Artaud : ce n'est pas l'oeuvre d'Artaud que je citerais en priorité, mais c'est la première qu'il a écrite, et la première que j'ai lue de lui, comme relativement beaucoup d'adolescents (enfin, je me suis aperçu plus tard qu'Artaud n'échappait pas à la cultitude attitude, surtout parmi les acteurs, les pires admirateurs, mais ceux-ci ne connaissent rien d'autre que Le Théâtre et son double), sauf que les adolescents ne vont généralement pas plus loin que ce livre. Je me souviens que la préface de Jouffroy en Poésie/Gallimard, commençait en disant que la lecture d'Artaud, "ça vous change un homme". Ca m'a changé au point d'aller lire de près des choses comme les Cahiers de Rodez.



- Ceux qui merdRent, de Christian Prigent. J'avais déjà lu ce qu'il écrivait, en compagnie d'autres (Verheggen, Novarina, ...) que j'allais pas mal lire aussi, dans quelques numéros de la revue TXT que je trouvais dans ma bibliothèque de province. Avec cet essai très motivant sur certaines formes d'écritures modernes inventant leur langue, j'ai découvert des auteurs tels que Pierre Guyotat, Denis Roche, Hubert Lucot, Olivier Cadiot... Prigent m'en a appris sur la langue et l'écriture, sur le sens de faire oeuvre.





- Héros-Limite, de Gherasim Luca
"La mort, la mort folle, la morphologie de la méta, de la métamort, de la métamorphose ou la vie, la vie vit, la vie-vice, la vivisection de la vie" étonne, étonne et et et est un nom, un nombre de chaises, un nombre de 16 aubes et jets, de 16 objets contre, contre la, contre la mort ou, pour mieux dire, pour la mort de la mort ou pour contre, contre, contrôlez-là, oui c'est mon avis, contre la, oui contre la vie sept, c'est à, c'est à dire pour, pour une vie dans vidant, vidant, dans le vidant vide et vidé, la vie dans, dans, pour une vie dans la vie. [...]
Comment résister ?
L'oeuvre de Gherasim Luca est le plus beau parcours poétique que je connaisse.





- plus récemment, les Chroniques de l'oiseau à ressort de Haruki Murakami et Le Voyage vertical de Enrique Vila-Matas, parce que l'identification fut forte et qu'ils m'ont introduit à ces auteurs très talentueux.



5. A qui allez-vous passer le relais (3 blogs) et pourquoi ?
A ceux qui voudront le prendre. Bon, disons : Dick, Ordet et Mawi, parce que vous m'intéressez, pour tester votre degré de résistance à la tentation et pour donner à la chaîne autant de chances de se casser que de se maintenir.

Publié dans Lectures

Commenter cet article

Shakti 18/09/2005 15:33

en faisant une recherche sur google, je "tombe" comme Alice ... sur cet article...
Votre blog me dit quelque chose...
Suis contente que vous appréciez Henri PARISOT !!! bien à vous
Shakti

Julia 27/04/2005 16:49

Je suis completement daccord avec vous, d'autant que c'est très bien écrit.
Ca fait plaisir de voir des gens comme ça :)

mes amitiés

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marie-pierre 03/04/2005 21:49

sélection tentante, il se peut qu'il y ait un grand plongeon vers gherasim luca tantot, du coup. merci pour votre venue. tant de volontarisme et de curiosité, ça fait chaud.

arte 03/04/2005 17:41

Si tu n'es pas sage, tu seras privé de lecture pendant 1/4 d'heure !