10 mai 2005 (2)

Publié le par Bartlebooth

10 mai, 15h46

Tchouang-Tseu dans la limite des corps
et le reniement
leçon muette (1)


10 mai, 16h14

Voyons d'abord en quoi aller au coeur de la compréhension
cela veut dire que les recherches sont énigmatiques, exaltées
tous les tourments, nous voulons une pointe d'ironie
des mesures et des résultats, du contenu


10 mai, 16h17

variation dans l'intensité et le rythme, surtout si vous vous
sur la peau sans tabou sur l'océan ce que les mots sont
au sens s'en vont très loin plient leurs racines s'affolent
qui tentent l'impossible mourront ineffables et des claques adorables
des carrosses sacrés les conduisent sur le bout de la langue (2)


10 mai, 17h46

ensuite tout se bloquait, tout indifférent partout
labyrinthe de toute vie


10 mai, 18h05

con sidère souvent je considère la même tentative
mais inversée puisqu'elle s'établit sur la mémoire
ci-incluse la conclusion ruisselle : et même convergence
cerne la chronologie surtout le bel aujourd'hui
centre du jeu contextuel l'ivre temps constamment
le hasard constitue cette situation contrôlée
en langage contenu l'ennui c'est la poésie infinie


10 mai, 18h06

détournement pas de côté anarchiste
de la bricole signée
abstraction point de vue


10 mai, 19h52

l'espace incommode cheminement fumant
monuments landes étangs sont ainsi nés
de rêves rénovés de pensées délaissées (3)
des déserts révélés romantiques dans mes scènes intérieures
ruines où rôder empreint de boue de poussière
abandonné volontaire à l'aune des pylônes


10 mai, 20h36

éructation
n'est susceptible de donner vie (4)
pas encore
même pas à coups de marteau troute la nuit




(1)
Intelligence dit au Souverain Jaune : "J'ai interrogé Enoncé du non-agir, celui-ci m'a répondu : ce n'est pas qu'il ne voulait pas me répondre, il ne savait pas me répondre. J'ai interrogé le fou courbé, celui-ci a voulu me répondre et finalement ne m'a pas répondu, car il oublia ce qu'il voulait dire. Je vous ai interrogé, vous avez su me répondre. Pourquoi alors ne vous approchez-vous pas de la vérité ?
- Enoncé du non-agir était la vérité même, répondit le Souverain Jaune, parce qu'il ne savait pas vous répondre ; le fou courbé paraissait être dans la vérité parce qu'il oublia ce qu'il voulait dire ; moi et vous, nous ne nous approcherons jamais de la vérité parce que nous savons en parler."
Ayant entendu cette réponse du Souverain Jaune, le fou courbé estima que celui-ci savait ce qu'est la parole.
(Tchouang-Tseu, in L'Oeuvre complète de Tchouang-Tseu, traduction de Liou Kia-Hway, Gallimard Connaissance de l'Orient, collection Unesco, 1989)

(2)
Elle. - Que savez-vous du soleil ?

Elle. - Pourquoi l'esprit se met-il au chagrin ?

Lui. - Tout dans le cerveau madame...
Dix milliards de carrosses, chaque seconde,
dis mille idées dans chaque carrosse...
(Madame Deshoulières, in Madame Deshoulières, Isabelle Huppert & Jean-Louis Murat, Labels, 2001)

(3)
For what is Nature ? Nature is no great mother who has borne us. She is our creation. It is in our brain that she quickens to life. Things are because we see them, and what we see, and how we see it, depends on the Arts that have influenced us. To look at a thing is very different from seeing a thing. One does not see anything until one sees beauty. Then, and then only, does it come into existence. At present people see fogs, not because there are fogs, but because poets and painters have taught them the mysterious loveliness of such effects. There may have been fogs for centuries in London. I dare say there were. But no one saw them, and so we do not know anything about them. They did not exist till Art had invented them.
(Oscar Wilde, in "The Decay of Lying")

(4)
Beaucoup croient que je vais prononcer une imprécation, voire éructer. Ce n'est pas du tout mon propos. Ce serait une interprétation expressionniste de la chose. J'ai, d'une certaine façon, tout intérêt, pour le texte, pour moi et pour tout le monde, à prononcer ce monde - un monde peut-être pas violent, mais rude, barbare, avec beaucoup de rudesse mais aussi beaucoup de lumière, de brillance, de douceur, d'éclat et de raffinement - à le prononcer non pas doucement mais "doux", ne serait-ce que pour adoucir "son entrée dans l'atmosphère", son entrée dans l'atmosphère des lecteurs, du public, et son entrée même dans l'espace [...] Mais la force, ce n'est pas l'éructation ni l'imprécation. Je n'ai jamais fait d'imprécation ; il y a des gens qui sont faits pour ça, qui sont payés pour ça. Je n'ai pas à lancer des imprécations contre le monde. Je suis comme tout le monde. Le monde me révolte, comme tout le monde. Mais je suis dans ce monde ; j'y suis et j'en fais partie. A ce compte-là, il faudrait se lancer une imprécation à soi-même - de precari : prier...
(Pierre Guyotat, entretien avec David Lespiau, in Cahier Critique de Poésie, Farrago/cipM, 2001)

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