Jean-Pierre Brisset

Publié le par Bartlebooth





Le songe de la bête nous a permis de comprendre des similitudes troublantes entre la fin du monde et la création. Ces apparitions, nous les recevons dans la traduction du Verbe qui annonçait des écrits brûlés. Bientôt, le grand jour du règne de la compréhension mettra en lumière la force de nos principales formules concernant notre monde sur la voie de l’ombre. Nous assisterons en cachette à l’enterrement de toutes les religions. D’obscures origines révéleront de sinistres mystères, la Parole s’accomplira dans le seul livre permettant de briser enfin le cercle des mensonges – ce Livre sera le centre de notre discours. Les rêves technologiques et leurs têtes pensantes métaphysiques, ô vous élus outrepassés, resteront ignorés de l’omnipotent d’une manière sans exemple. Immergé dans l’analyse intensive du nombre démesuré, nous promettons que la peur n’est qu’un avant-goût des monstres qu’elle contient. Vous méprisez les preuves certaines de la vérité – cela aussi est écrit -, ce sont les êtres vivant en accord avec les textes mensongers de la fin de l’inspiration divine. Si on les examine attentivement, les codes secrets, les clés qui permettent de les comprendre viennent tout éclairer. Ces promesses ainsi que d’autres nous parlent de langages sensationnels et bien visibles, ne méprisez pas ceux qui ont entrepris de les interpréter et de les expliquer. Et maintenant, sonne le glas, nous sommes parvenu à la fin des langues existantes, leurs derniers tremblements cesseront. Notre science ne croit plus en rien.


Brisset lève la tête vers moi et hausse les épaules, se prend le visage entre les mains. Une espèce de sanglot pathétique. Elle vit là et semble s’intéresser à vous. Je crois que les gouttes de pluie croissent. La honte que j’éprouve est dans ma poche. Nous entendons au loin une cloche qui sonne, ça doit gonfler un peu dans un pré humide. Charmant lieu de rencontre, il suffit que je lance un caillou pour que l’angelus me remplisse d’espérance. Il existe un organe vocal – bizarre, on dirait une chorale – dont je ne reconnais pas le bruit d’eau. Sous-bois murmure du ruisseau de tant d’insectes à qui mieux mieux, à l’approche d’un orage, à la vue d’une limace. Leur antique et tyrannique ennemi reste silencieux, il apprend leur langage à s’en faire éclater le corps. Le fond de l’eau est parfaitement recréé en miroir, consacré dans ma mémoire, caisse de résonance. Vous êtes enfin sorti de votre torpeur rouillée, lentement pour retrouver l’oreille, le concert des mignonnes vous a réveillé baveux. Votre cœur est à présent paradis peuplé de paroles brunes ou vertes. Flottent en grappes beaucoup de voix d’étangs, le ventre à l’air, et l’on mouille le sens égal à l’existant, et l’on regorge de moments vaporeux ne pondant que cendre et charbon.


Le train étendu inconscient dans le flou total. Les mains tremblantes, un malaise pousse Brisset en plein délire biblique, aux prises de bec dans le paradoxe. Il gagne la berge de turbulences, rapidement dans le courant, torpille. Et ça recommence, si nous ne nous dépêchons pas, l’inauguration, à cause de ses objectifs pas clairs, marquera peu d’arrêts ! Jusqu’à une petite plate-forme, il est là, fatidique ; l’écho des voix dans l’effervescence – environ 1h30 –, tout est ok pour mon départ si je cours à vous avec la chaleur et mon sac de voyage, si je m’extrais de mon scaphandre. Nous nous sommes rencontrés tout à l’heure – pouvez-vous me dire comment ? – au niveau du pont, à l’entrée du village.
Le soleil éclairait les trous du temps tué (un dernier baiser, au revoir). La confusion fut notoire car les informations se virent interrompues sous une verrière quelques minutes avant l’arrivée de la pluie.


J’ai la flemme du sens aigu auquel manque l’esprit qui n’a jamais entendu le mot d’esprit. Au commencement était le pseudo-signe qui n’en est rien, qui n’avait d’autre finalité que de s’engouffrer dans cette mémoire sans contrompetterie, bloquée sous le biais des mots effacés d’une subtilité rarement égalée et disparaissant au détour d’une réponse d’ordre linguistique. Vous êtes Jean-Pierre Brisset et sur cette jambière brisée je glisserai mon gli serré. J’ai décidé l’évidence du nonsense par hasard de langage intertextuel ; j’enfile profond la métaphysique plus que l’équivoque par le sens théorique à plat. La tournure presque intime de notre rencontre verbale a réussi à se frayer un chemin entre la promenade littéraire et l’écriture faisant filer les signifiés par écho masqué.


Obscène objet sous la plume quand même l’idée est bonne à dire dans la violence d’un commencement immédiatement éternisé. Je n’aperçois dans l’individu-monde qu’une logique entendue, ordinaire, enracinée – antan tu, hors du nerf, en race innée. Savoir plus oublié qu’il en est déchiré, tout est tellement probable dans cette double écriture. Empire de-ci de là désarticulé pour n’être que poids en lui-même, plus tout à fait lui-même selon qu’il est pris fragmenté, dispersé, réduit à l’esclavage. D’innombrables appropriations s’enfuient sous les quolibets, l’écho libéré, détaché de la bouche malhonnête, miroir inquiétant, filtrant la réflexion du même sens absolu. Ne diriez-vous pas que l’ombre humaine, dans notre langue, ne peut se passer d’étymologie inconsciente, happée dans sa flaque ? Mélodie dissémination, dialogue disparu que je tâte, le sens est incapable de reconnaître la pensée dont voici le débris – chérissons-le, l’assourdi introduit dans l’égaré.

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Lacan 27/05/2005 13:04

ah! le passage de la langue à la lalangue !

shaahnaah 22/05/2005 11:33

Pas besoin de mouton en peluche pour la fin du monde - c'est drole ....

Arte 22/05/2005 11:04

Si tu continues comme ça, je t'offre mon mouton en peluche !